Frangine

Marion Brunet nous présentera Frangine (éditions sarbacane, 2013) le 10 mars au centre de ressources du RESIA et de la Maison des Femmes 22. Il s’agit de son premier roman – elle en a écrit 3 depuis – destiné aux adolescents. Il nous permettra d’échanger autour de la construction identitaire à l’adolescence, notamment dans une famille homoparentale.

frangineIl faut que je vous dise…
J’aimerai annoncer que je suis le héros de cette histoire, mais ce serait faux. Je ne suis qu’un morceau du gâteau, même pas la cerise. Je suis un bout du tout, un quart de la famille. Laquelle est mon nid, mon univers depuis l’enfance, et mes racines, même coupées.
Tandis que ma frangine découvrait
le monde
le cruel
le normal
et la guerre,
ma mère et ma mère, chacune pour soi mais ensemble, vivaient de leur côté des heures délicates.
C’est à moi que revient de conter nos quatre chemins.
Comment comprendre, sinon ?

Critique issue du site Je me livre :
Pauline découvre le lycée. Elle a quinze ans, la vie devant elle, beaucoup d’amour à donner : elle en reçoit aussi.  Un nouvel établissement, des repères à refaire, un changement de statut à gérer (passer de grande troisième à petite seconde). Mais Pauline assez vite décline, ne veut plus manger, modifie la décoration de sa chambre, s’y réfugie trop souvent. Ses deux mères s’inquiètent, envoient leur fils Joachim à la rescousse (en avant des questions, à l’avant des problèmes), qui tient le secret imposé par la frangine. Jusqu’à ce que l’impossibilité de divulguer met en péril le moral des troupes.
Frangine est un livre jeunesse grandiose parce qu’il parle avec sensibilité et intelligence d’un foyer homoparental, de harcèlement scolaire, de la découverte de la sexualité, le burn-out, sans tabou, sans choquer. Marion Brunet y narre aussi l’acceptation familiale/ sociétale/ individuelle (ou non) de l’homosexualité (ici, féminine).
Elle a choisi Joachim, le seul mâle dans ce foyer ultra féminin : avec ses mots de jeune adulte (il a 18 ans), il relate ses souvenirs d’enfance en compagnie de Maline et Julie (sa mère biologique), avant l’arrivée de la petite sœur, les réflexions subies par le couple parental, les histoires de famille (celles qui coupent, celles qui font mal, celles qui font avec, celles qui s’adaptent) et enfin ce présent scolaire et professionnel difficile.
Tout est beau et touchant dans Frangine : de la paire particulière Maline-Julie, Marion Brunet atteint l’universalité. On n’y voit que l’amour, l’estime, la bienveillance, la parentalité, on oublie l’homosexualité. Il n’y a pas de famille idéale, il n’y a pas de meilleur parent, il y a juste des gens qui s’affranchissent des conventions, qui laissent parler leur cœur (parce que les conflits oxydent l’âme).  D’autres éprouvent plus de difficulté – avec les magnifiques personnages des quatre grands-parents  : chacun chemine à son rythme. Là encore, l’auteure ne trompe pas, ne se trompe pas.
Reste la jeune génération, en mouvement, en apprentissage, parfois en décalage, et surtout en recherche : elle a tout à gagner à lutter contre l’homophobie, à défendre le mariage homosexuel dont nous célébrons le deuxième anniversaire aujourd’hui, la tolérance, parce qu’elle représente l’avenir, le nôtre !