Être Breton ?

Rendez-vous sur le campus Mazier à 18h30 avec Jean-Michel Le Boulanger le jeudi 14 janvier ! Autour de son essai Être Breton ?, nous échangerons autour de l’identité territoriale et régionale.

être bretonLes Bretons d’aujourd’hui se sentent et se disent Bretons. Avec fierté parfois. Avec plaisir si souvent.
Les Gwenn ha Du flottent aux vents, aux quatre coins du monde. Nulle fermeture dans ces sentiments identitaires, nul communautarisme. Non, une passion simple s’exprime, un désir de Bretagne.
C’est à la question complexe des sentiments d’appartenance, de leurs origines et de leurs développements, que Jean-Michel Le Boulanger tente d’apporter réponse à partir de l’exemple breton.
Dans une première partie, il raconte « l’invention de la France » et comment la France, d’Etat est devenue patrie.
Dans une deuxième partie, il développe comment les Bretons ont appris à se dire, puis à s’affirmer Bretons. Et comment leur identité, bafouée, méprisée, a été peu à peu revendiquée avant d’être aujourd’hui tranquillement affichée.
Au XXIe siècle, siècle du mouvement et de la rencontre avec les autres cultures, des identités composites se tissent. Les Bretons sont de leur ville ou de leur village, ils sont Bretons, Français, Européens, citoyens du monde. C’est le temps des identités plurielles. Et c’est le sujet de la troisième partie du livre.
Cette diversité est une richesse et il est regrettable que la France ait tant de mal à l’admettre.
Ces jacobins qui s’accrochent à une idée dépassée de l’Etat-Nation, qui refusent la République des territoires, ne deviennent-ils pas les ploucs de notre temps, en retard sur toutes les évolutions contemporaines ?

Extrait d’une analyse faite par l’Agence Bretagne Presse (disponible ici en intégralité) :
Un livre important de 400 pages qui aurait pu être une thèse universitaire sur l’identité bretonne. Rien de surprenant venant de la part d’un professeur de géographie de l’Université de Bretagne Sud. Jean-Michel Le Boulanger, aussi conseiller régional PS adjoint à la culture, était déjà apprécié par tous les Bretons de gauche comme de droite pour ses discours bien articulés et son sens de la formule, tout spécialement sur les enjeux de la culture bretonne.Son écriture est toute aussi limpide sur un sujet complexe qui ne se prête pas aux analyses simples voire simplistes. Son style est académique, certes, mais son travail de recherche est rigoureux. Sa documentation ample est à l’image de son immense culture et de ses lectures. Les sources souvent sortent des sentiers battus et des citations copiées et recopiées. La compilation de faits et de dires est énorme et, juste pour cela, le livre deviendra une référence.
En choisissant Jean-Yves Le Drian pour écrire la préface et en s’inscrivant dans la tradition d’Anatole Le Braz, amplement cité dans le livre, Jean-Michel Le Boulanger s’inscrit dans la continuité du régionalisme éclairé.  La reconnaissance complète de son identité bretonne devient une nécessité mentale pour le bien-être personnel certes, mais aussi pour pouvoir agir, servir, créer et s’octroyer un futur. […]
Le livre n’est en aucun cas une attaque du nationalisme breton, il essaie de proposer une autre voie basée sur la force d’une identité vécue et acceptée et maintenant reconnue. […]
Le Boulanger analyse la formation de l’identité bretonne en parallèle avec le développement de l’identité française. Les identités finissent par se superposer. Le Boulanger reprend d’ailleurs ce que Mona Ozouf a bien expliqué et affirmé : l’identité est multiple. « Comme les couches d’un oignon » dit-elle. C’est vrai. Un Breton du 21è siècle a une culture multiple, bretonne, française et anglo-saxonne (la culture internet, rock and roll, et la culture urbaine sont principalement des cultures anglo-saxonnes). Les Bretons de la diaspora ont une couche supplémentaire, celle de leur pays d’adoption. Mais si nous avons tous une culture multiple, pouvons-nous appartenir à plusieurs nations ?That is the question. Et l’auteur ne la pose pas. […]
Le Boulanger reprend les constructions identitaires françaises et bretonnes à travers l’histoire depuis le XIXe siècle. Il admet assez rapidement, et je crois abusivement, que l’identité bretonne n’existe pas avant 1840, un peu comme ces historiens communistes pour qui il n’y a pas de nation avant la révolution française. Quand Marie de France dit « encore un lai qui nous vient des Bretons », elle identifie bien, donc donne une identité, aux Bretons en tant que groupe distinct. Ce n’est pas parce que les textes sont rares que cette identité n’existait pas. […]
Dans la deuxième partie intitulée « et les Bretons se disent Bretons », Le Boulanger analyse la prise de conscience récente des Bretons de leur bretonnité. Tout semble commencer en 1840 avec un joueur de biniou extrêmement populaire, aveugle et virtuose Matilin an Dall (Mathurin l’aveugle). Le Barzaz Breizh, lui-même publié en 1840, est un recueil de chants populaires. C’est la bible de l’identité bretonne retrouvée, « un petit livre rouge » brandi par les premiers régionalistes comme une preuve. Des rêveurs, apparus à contre courant dans une France idéologique et rationaliste. Des rêveurs qui proposaient et fantasmaient une Bretagne «idéalisée ».
Dans la troisième partie « Composition bretonne », Le Boulanger continue sa longue narration de l’identité bretonne à travers Gwalarn et l’élitisme des nationalistes d’avant guerre, puis à travers le CELIB et finalement le renouveau des années 1970. Une place méritée est donnée à travers tout le livre à son collègue le géographe Michel Phlipponneau, l’auteur de « Debout Bretagne ».
La page 344 sur le « mythe Anne de Bretagne » est complètement inutile et pêche par omission. Non seulement il n’y a pas de mythe Anne de Bretagne, il y a certes une ferveur populaire, mais Le Boulanger oublie de mentionner un fait capital de la vie d’Anne de Bretagne. Deux jours après la mort de Charles VIII, Anne restaure la chancellerie de Bretagne (son gouvernement) et y nomme des Bretons. Un fait capital montrant son degré de responsabilité envers le duché jamais entamé par son destin de Reine de France. Ce n’est absolument pas un mythe mais un fait historique comme d’ailleurs son fameux contrat de mariage avec Louis XII, très bien négocié, qui définit clairement les droits et l’indépendance future du duché. On l’aura compris, Le Boulanger est géographe mais pas historien du Moyen âge et de la Renaissance.
Il reste que Le Boulanger a fait un excellent travail d’histoire moderne en narrant l’identité bretonne à travers la culture populaire , la littérature, la musique et la politique sur les derniers 150 ans.
Le livre finit par une transcription d’une communication donnée lors d’un colloque à l’Unesco qui résume bien la pensée et l’analyse de l’auteur.