Baignade surveillée

Dernière rencontre consacrée aux identités le jeudi 23 juin à la Maison Louis Guilloux avec Guillaume Guéraud. Pour clôturer ce cycle, nous échangerons autour de Baignade Surveillée, son second roman pour adultes publié aux éditions du Rouergue en 2014. Nous aborderons l’identité dans le couple et plus largement dans le cercle familial.

baignade surveilléeC’est l’histoire d’un couple qui se défait, l’histoire de deux frères qui s’aiment et se regardent en chiens de faïence, une histoire de voyous aussi. Un été, sur les plages du Cap-Ferret, un homme patauge dans l’ennui pendant que sa femme lui tourne le dos et que leur gamin tente de profiter du soleil. Jusqu’à ce que son frère débarque à l’improviste pour dynamiter ces vacances comme un jeune chien fou. Malgré l’amour fuyant, malgré les crises et la perspective du vide, malgré le sirop gluant de la nostalgie. Il est trop tard pour regretter ou pour recoller les morceaux. Alors dans un crescendo sec et nerveux, la tension monte entre les fracas des vagues.

 

 

Critique issue de la Cause Littéraire :
« La Brune du Rouergue » est – pour ainsi dire – toujours une assurance de grande qualité, dans le registre littérature française / côté vraie vie, même moche, et tous ses accessoires. Ce petit opus-là honore fièrement la collection.
Serré comme un excellent café – noir dense, pour réchauffer l’hiver. Une tranche de la vie qui ne va pas – banal, pour tant et tant. Encore faut-il savoir le décliner en pure littérature, comme ici !
Très petit livre, qu’il vous faut lire d’une traite – le réchauffé est à proscrire ; goût amer et tendre, ça et là ; parfums d’iode et de bois brûlé, saupoudré de tous les vents de l’Atlantique. Ce livre est probablement un nectar, un grand cru 2014…
Livre d’hommes – la seule femme, Estelle, s’apprête à quitter sa petite famille ; c’est sous une féminité apparente, le côté froid et tranchant de la pièce qui se joue. Peut-être aussi le côté adulte et raisonnable. Livre d’hommes, ou bien de grands gamins habitant encore le temps de l’enfance, en guise de défenses. Le mari délaissé – on l’aime bien, ce nounours qui se prend les beignes ; son délicieux Auguste de gamin ; son frère, le doué qui a mal tourné – grave, mais on comprend –, sont trois piliers de bois en apparence dur, plantés au Cap Ferret, au bord de la Dune du Pyla. C’est Août, vacances, les souvenirs d’enfance, l’océan, encore et encore, le drame conjugal qui se la fait glacé : « Estelle faisait la gueule ; moi aussi ; je savais qu’elle allait me quitter – un mauvais pressentiment ou une vilaine intuition – ça va ? a demandé Auguste en montant dans la voiture – ça ira… tu parles ; il allait avoir dix ans et on ne pouvait pas lui cacher grand-chose ». Tombe alors avec un bruit hésitant entre sirène de police et plouf de sale gosse, sur la tente, le frérot en cavale, sorti – mal – d’un très mauvais coup là-haut, à Dunkerque ; la même mer, les touristes en moins. « Il s’était fait arrêter au moins une demi-douzaine de fois et, mis bout à bout, je ne savais même pas combien de mois il avait bien pu passer en prison »… en privé, c’est celui qui multiplie les niches, a les meilleurs plans foireux ; et un rire ! « quand il riait ça éclatait de partout, comme quand les vagues s’écrasaient… ». Ce coup-ci, il avait été question de « Cinq à six millions… ouvrir un fourgon blindé pose toujours un problème ; surtout si on veut l’ouvrir rapidement sans détruire sa cargaison… ». Mais le gars Max et son rire a fait, entre deux séjours en taule, une formation de grutier. On la voit, la grue, sur la couverture du livre, tournant au vent qu’on imagine du Nord, aigre quand il vient d’Angleterre, ouvrant sa pince monstrueuse, pour… « il guette la route et attend l’arrivée du camion. Il aperçoit des matelots en train de fumer sur le pont d’un navire suédois… les flots bruns de la Mer du Nord. Et le ciel gris de plus en plus sombre… rien à faire. Les convoyeurs sont des connards qui se croient invincibles. Il tire sur le levier. Vingt mètres. Il desserre les mâchoires de la pince… ».  […]
Les deux frères ont chacun leur espace, dans le livre de Guéraud. Et cette posture en fait un passionnant outil de lecture : script serré, italique du type notice industrielle, pour le chemin de croix de Max ; un style rapide, haché, précis ; un rythme qui sonne lourd. Un noir et blanc de film policier. Le temps des vacances, le rythme de la mer, le chagrin qui s’enracine, dans des pages aérées et sobres, quotidiennes, allant d’un court dialogue à des ressentis, emmènent les pages du père, du fiston et du frère revenu en enfance. Là, les couleurs sont celles de l’Aquitaine, douces-amères ; dominantes gris-bleu…
Mélange parfaitement réussi de vie d’avant, de galères de maintenant, de drames et de chemin fou : la vraie vie qui va pas, donc… si ce n’est qu’il y a l’amour des frères, le devenir d’Auguste… quant à Estelle…