L’enterrement de mes ex

Le jeudi 4 février, Anne-Charlotte Gautier, auteure de bandes dessinées et illustratrice, sera notre invitée. Autour de L’enterrement de mes ex, six pieds sous terre – 2015, nous aborderons les thèmes de l’homosexualité, de la découverte des sentiments et de la construction identitaire entre l’adolescence et l’âge adulte. Cette rencontre gratuite aura lieu chez BD West, au 3 rue Saint-Gilles, à 18h30.

EDME_ombreL’histoire de Charlotte commence à l’école primaire, un dessin animé qui passe à l’heure du goûter l’interpelle. Déjà quelque chose ne va pas dans sa vie.
À l’école, elle se sent différente des autres copines de son âge. Des amitiés se tissent, des sentiments émergent et Charlotte peine à les comprendre. Les années passent et portent avec elles toujours les mêmes incompréhensions.
Les choses ne tournent pas rond dans sa tête, amour, amitié, tout se mélange. Sa première relation amoureuse avec Sophie la bouleverse, elle ne sait pas que c’est aussi sa première déception sentimentale. Puis les histoires de cœur vont s’enchaîner. C’est avec Sandrine qu’elle se rendra compte que l’amour, pour elle, porte un nom : homosexualité.
Dès lors elle découvrira un monde qu’elle ignorait complètement, l’incompréhension de ses parents, l’arrogance des gens, le rejet par ses amis.
L’enterrement de mes ex nous parle de la découverte des sentiments, ainsi que de sa différence, par une jeune fille des années 80/90. Nous la suivrons jusqu’à l’aube de l’âge adulte à travers une succession de petits récits détaillant sa chronologie amoureuse. Chaque chapitre porte le prénom d’une personne rencontrée. Chaque fin de chapitre est un deuil à faire.

Critique issue du site Actualitte :
Le dessin de Gauthier, tout en rondeur, assez naïf et toujours très lisible, rappelle la simplicité d’un Martin Vidberg, par exemple, qui signe depuis quelques années l’Actu en patates sur le site du Monde ou la ligne claire très spontanée de Riad Sattouf quand il croque les jeunes pour Libé. Pas question d’actualité, ici, bien au contraire, l’album, chapitre après chapitre, passe en revue quelques épisodes amoureux marquants de la vie de Charlotte.
Elle est née dans les années 80, a grandi dans les décennies qui ont suivi, sur fond de télé, de pop, de parcours traditionnel école, collège, lycée sauf que… très tôt, Charlotte se rend compte qu’elle est traversée par des émotions particulières. Elle est si bien avec certaines de ses amies qu’elle y lit un peu plus qu’une simple amitié.
Ce livre n’est pas le premier, loin de là, à mettre en images la découverte de l’homosexualité. Sur ce sujet, on a tout de suite à l’esprit le célèbre Fun home d’Alison Bechdel, où l’homosexualité assumée de l’héroïne correspondait bizarrement à celle, rentrée, du père disparu. Ici, le ton est beaucoup plus léger, tout en restant souvent touchant. Gauthier a un certain talent pour rester légère et suffisamment adroite pour que ses anecdotes – dont l’écrasante majorité sont des échecs sentimentaux – passent en douceur et permettent aux lecteurs comme à l’héroïne de découvrir qui est la vraie Charlotte et quels sont les obstacles auxquels elle va devoir faire face.
Dans les premières planches, on reste un peu en retrait : on se dit que ces anecdotes sont partagées par tous, que les raconter n’apporte ni révélation aux lecteurs ni catharsis à l’auteur, mais on ne peut s’empêcher de lire la suite, car la mise en scène et le rythme sont d’une fluidité totale. Et évoquent, par moment, le dessin des aventures de Tom-Tom et Nana, ce qui ajoute encore à l’effet nostalgique de l’album. On se prend peu à peu de sympathie pour cette Charlotte boulotte et myope, mal-aimée, rejetée, qui ne se prend pas pour le centre de l’univers, mais a du mal à accepter d’être sans cesse repoussée à la marge.
Là où pour d’autres tout coule de source, Charlotte doit sans cesse nager à contre-courant. Et se battre. Comme Gauthier, la dessinatrice, n’a pas de prénom, on ne peut savoir si ce récit est entièrement autobiographique ou si la fiction y joue un certain rôle. Ce n’est pas le plus important, sans doute, car le combat de Charlotte est universel, c’est celui du vilain petit canard pour qui tout serait beaucoup plus simple si la nature n’avait fait naître si différent.
L’album, cependant, se termine à l’orée de l’âge adulte : impossible de savoir si le caneton est devenu un magnifique cygne et si, après toutes ses ex, Charlotte a fini par trouver partenaire à son pied.

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