Gérimont

Le jeudi 28 mai, Stéphane Bovon nous présentera Gérimont, premier tome d’une série de 10, au Fût Chantant. Lors de cette rencontre, nous aborderons l’identité sociale, la construction d’un monde utopique ainsi que le mélange des genres en littérature.

Gerimont-BOVON

– Êtes-vous en train de me dire qu’il n’y a pas d’espoir à Gérimont ?
Moray fit une pause. S’appuya contre son bureau. Regarda Rodal. Puis se retourna et prit un gros livre. Qu’il tendit ensuite au commissaire :
– Je vous dis qu’à Gérimont, il y a de l’ordre.
Rodal prit l’objet. Sur la couverture, le titre disait Le Livre des Comptes.
– Je pense que ce livre vous sera utile pour votre enquête, poursuivit Moray. Vous y comprendrez, si vous êtes aussi intelligent qu’on le dit, l’essence de notre pays. Et vous comprendrez ensuite qu’on ne tue pas à Gérimont.
– Vous voulez dire que personne n’a tiré dans le dos de Sybukur Kohli ? demanda Rodal.
– Non. Je veux dire qu’on ne tue pas à Gérimont.
Le ton péremptoire, presque menaçant, n’entendait pas de réplique et, en cet instant, toute l’autorité du vieux roi se faisait sentir.

C’est un lieu en apparence idyllique et naturel, vallée creusée qui s’enfonce dans la mer, entre les Alpes et les Caraïbes. La société de Gérimont évolue en bonne intelligence sous la tutelle d’un roi démocratiquement élu tous les quatre ans, toujours le même depuis un demi-siècle. À Gérimont vit une population dont la vie quotidienne est réglée par le Livre des comptes et où tout semble prédéterminé de manière arbitraire. Ici, point d’hôpital, pas plus que de tribunal ou de prison. Alors, quand le typographe de l’Echo de Gérimont est assassiné, c’est toute une société qui se fissure. L’enquête de l’inspecteur Serjv Rodal, venu de Lachaude, la capitale voisine, dévoilera les petits -et grands- secrets des uns et des autres et se terminera façon Agatha Christie.
Derrière la fable, il y a l’ironie, l’essai sociologique, quelques questionnements fondamentaux et des digressions jubilatoires sur la liberté et la culpabilité. Ironie, calembours, retournements, dessins, l’auteur semble s’être bien amusé qui nous promet un cycle de dix livres à la mode de Gérimont.
Olivier Morattel Éditeur, 2013
La Lueur Bleue, suite de Gérimont, est parue chez Olivier Morattel Éditeur en août 2014.

Extrait de la critique de Francis Richard (ici en intégralité) :
Le cadre, Gérimont, a son importance dans l’intrigue. Parce que Gérimont est un petit monde à part, dont l’atmosphère particulière contribue à soutenir le suspense jusqu’au bout. Quand je dis jusqu’au bout, c’est bien le cas de le dire. […] Revenons au cadre. Gérimont est une petite ville d’un pays éponyme que le lecteur identifierait bien à l’Helvétie, si l’auteur ne la situait pas au bord de la mer. La capitale en est Lachaude, qui n’a évidemment aucun rapport avec une ville du canton de Neuchâtel.
Ne restons pas à la superficie des choses. Le royaume de Gérimont – car il s’agit d’une monarchie élective – est un pays utopique, dont le texte sacré qui fait autorité est Le Livre des Comptes. Ce livre règle toute la vie des habitants qui ne peuvent occuper que dix Fonctions (boulanger, fromager, chasseur ou pêcheur, vigneron, paysan, constructeur – il y en a deux -, couturier – il y en a également deux -, homme libre). Chaque titulaire d’une fonction ne peut produire que pour dix. Le système est décimal et peut donc se subdiviser en dix métiers ou catégories. Ainsi en est-il des constructeurs ou des hommes libres  Moyennant quoi, ce meilleur des mondes, dont l’ordre est fondé sur une franche xénophobie, est un pays où personne ne tue… Quand on meurt, c’est de sa belle mort ou alors on devient zombie, c’est-à-dire enraciné sous la forme d’un arbre… Personne ne tue personne, sauf que Sybukur Kohli, typographe, est bel et bien, un jour, retrouvé mort, une balle entre les omoplates.
Le commissaire Serjv Rodal, venu exprès de Lachaude, mène l’enquête. Il interroge les principaux témoins ou suspects. Il découvre sur eux bien des secrets. L’uniformité de ce royaume utopique, où par mariage sont gommées les différences physiques ou intellectuelles, n’est que de façade.
Les portraits que dresse Stéphane Bovon de ses personnages, aussi bien les femmes que les hommes, le sont avec beaucoup d’humour et de véracité. L’auteur semble s’être bien amusé à créer ce monde trop parfait et en dévoiler les dessous indicibles, tant il est vrai que la perfection n’est pas humaine et que les plus belles règles sont faites pour être contournées.
Le commissaire a le mot de la fin quand il dit le jour de la résolution de l’affaire :
« Si personne n’est arrivé coupable, tout le monde ne part pas innocent, c’est déjà ça. »
Le lecteur ne part pas non plus innocent au bout du bout de sa lecture. Il en redemande. A quand la suite ? Qu’elle se passe, ou non, à Gérimont…

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